N'utilisez ces champs que pour afficher date et lieu pour des événements à venir.

Le projet gouvernemental de réorganisation du secteur, fondé sur les neurosciences, est une régression scandaleuse. Son coût risque d’être exorbitant et sa vision contribuera à exclure une approche humaine de la souffrance psychique.

Il n’est pas un jour sans annonces catastrophiques concernant la psychiatrie en France. Ces concernent les conditions dans lesquelles les patients sont traités et à vrai dire trop souvent maltraités. Elles concernent également les soignants-psychiatres, psychologues, infirmiers et autres, qui sont débordés, démotivés, découragés et ont envie de quitter l’hôpital public ou même de changer de métier. Les très nombreux administratifs de la psychiatrie commencent à se trouver eux-mêmes en difficulté pour répondre aux questions cruciales que pose la déshumanisation de la psychiatrie. En effet, chaque jour les plaintes affluent, le nombre des contentions augmente, les listes d’attente s’allongent et les soignants démissionnent, ce qui contribue à noircir davantage le tableau général de la psychiatrie.

Pendant que se joue ce drame qui concerne les malades, leurs familles et leurs soignants, le gouvernement met la dernière main à un projet de psychiatrie portant essentiellement sur une approche nouvelle fondée sur la recherche et les neurosciences. L’ensemble du système de la psychiatrie française, publique, associative et privée va se réorganiser autour du concept de plateformes diagnostiques disposant de moyens conséquents pour entreprendre des bilans neurophysiologiques approfondis (recours aux IRM, à l’intelligence artificielle, aux algorithmes…) débouchant sur les diagnostics promus par le DSM V (la classification américaine des maladies mentales) et passibles de traitements médicamenteux et cognitivo-comportementaux à l’exclusion de toute autre approche de la souffrance psychique spécifiquement humaine. Le dernier décret relatif à l’expertise des psychologues du 10 mars indique de façon limpide la direction prise par la «réforme» promise.

Nouvel angle d’attaque

Cette réorganisation va coûter un «pognon de dingue» et permettre de développer une recherche neuroscientifique permettant un rattrapage du prétendu retard français dont nos gouvernants, sous l’influence de lobbys directement intéressés par ce nouvel angle d’attaque (c’est le mot adéquat) de la psychiatrie, ne cessent de nous rebattre les oreilles. On comprend mieux la casse massive de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle entreprise depuis quelques années par le pouvoir et ses agences réputées indépendantes telles que la Haute Autorité de santé (HAS).

Mais c’est oublier un peu vite que les travaux portant sur la psychopathologie transférentielle avaient permis de restaurer l’humanité dans la relation avec des patients en grandes difficultés dans leur souffrance psychique. En effet, les progrès considérables survenus dans les neurosciences et la génétique ne doivent pas faire oublier que la condition humaine ne peut se réduire au déploiement du génome dans un environnement standard, et que l’intervention d’autrui dans la construction du petit d’homme est primordiale. De la même manière, la prescription de médicaments et de traitements psychothérapiques ne peut se penser hors de cette relation intersubjective spécifique de l’humain. Et c’est précisément ce qui avait permis à la psychiatrie de quitter les asiles et de s’ouvrir au monde, notamment grâce à cette invention française que nous ont envié les autres pays, la psychiatrie de secteur. Et ainsi de rendre son humanité aux pratiques psychiatriques avec les adultes et les enfants.

Dans un état déplorable

Le succès de cette organisation sectorielle a été tel que les listes d’attente des consultations dans les Centres médico-psychologiques se sont accrues à un point difficilement compatible avec les très faibles moyens mis à la disposition des équipes soignantes. Quand un médecin des beaux quartiers demande un an d’attente pour fixer un rendez-vous, ne dit-on pas qu’il doit être excellent ? Mais que la même durée existe dans le secteur public et voilà que l’équipe ne sait pas s’organiser…

Bref, la psychiatrie est maintenant dans un état déplorable et ce constat a été établi par toutes les instances officielles, y compris la Défenseuse des enfants, mais plus tragiquement encore par les personnes souffrant psychiquement et leurs proches.

La psychiatrie qu’on nous promet va droit dans le mur de la régression la plus scandaleuse puisque nous savons comment soigner humainement en psychiatrie.

Refonder la psychiatrie à visage humain

Continuer à attendre des seules neurosciences la solution pour traiter la maladie mentale est une imposture grave dont les générations futures nous rendront responsables.

Continuer à penser que des économies peuvent être faites sur la psychiatrie est une erreur profonde de jugement de nos dirigeants.

Continuer à diviser les soignants, les familles des malades et les citoyens est une manipulation de bas étage organisée par des groupes de pression puissants et intéressés.

Il est grand temps de réunir les forces en présence pour refonder une psychiatrie à visage humain qui prend en considération les différents aspects bio-psycho-anthropologiques, qui bénéficie des mêmes moyens que toutes les autres spécialités médicales, tout en tenant le plus grand compte de ses spécificités.

Les projets gouvernementaux actuels ne sont pas à la hauteur des enjeux et doivent être reconsidérés avec les avis de tous les partenaires concourant à une psychiatrie digne de ce nom.

Source : https://www.liberation.fr/

Recevez notre hebdomadaire avec les activités publiées dans la semaine.

Vos données restent confidentielles.
Plus sur la confidentialité ici